Il battit à nouveau des paupières parce qu’il sentait soudain la pointe d’un couteau s’appuyer sur sa nuque.

« Salut », fit une voix près de son oreille.

Le troll déglutit. Mais avec un luxe de prudence.

« Écoutez, dit-il d’un ton désespéré, c’est la tradition, d’accord ? Un pont comme ça, on s’attend forcément à un troll…

« Dites, ajouta-t-il alors qu’une autre idée lui passait par la tête en traînant la savate, comment ça s’fait que j’vous ai pas entendu venir ?

— Parce que j’suis un as, répondit le vieil homme.

— C’est vrai, confirma le cheval. Il a pris plus de gens par surprise que tu n’as mangé de repas verts de trouille. »

Le troll risqua un regard en coin. « Putain de merde, chuchota-t-il. Tu te prends pour Cohen le Barbare ou quoi ?

— À ton avis ? fit Cohen le Barbare.

— Écoute, dit le cheval, s’il ne s’était pas emmailloté les genoux dans des sacs, tu aurais entendu un cliquetis d’os. »

Le troll mit un moment à comprendre. « Oh là là, souffla-t-il. Sur mon pont à moi ! Oh là là.

— Quoi ? » fit Cohen.

Le troll se baissa brusquement, échappant à son étreinte, et agita frénétiquement les mains.

« Ça va ! Ça va ! cria-t-il tandis que Cohen avançait sur lui. Vous m’avez eu ! Vous m’avez eu ! Je discute pas ! Je veux juste appeler ma famille, d’accord ? Sinon, personne me croira jamais. Cohen le Barbare ! Sur mon pont ! »

Son torse de pierre déjà formidable se gonfla encore.

« Mon putain de beau-frère cherche tout l’temps à m’en mettre plein la vue avec son putain de pont monstrueux, ma femme en a plein la bouche. Hah ! J’aimerais voir sa tête… Oh, non ! Qu’est-ce que vous allez penser de moi ?



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