
San-Antonio
Du sirop pour les guêpes
Les personnages de ce récit ne sont que les fruits — savoureux — de mon extraordinaire imagination. Vu ?
A mon cher Albert PRÉJEAN
En toute amitié
PREMIÈRE PARTIE
AVIS AUX AMATEURS
CHAPITRE PREMIER
COMME QUOI ON PEUT SE TROMPER !
A première vue je l’ai prise pour un Martien (à cause de sa combinaison en matière plastique) ; à deuxième vue je l’ai prise pour une Martienne (à cause de sa plastique tout court) ; à troisième vue enfin je l’ai prise pour ce qu’elle était vraiment, c’est-à-dire pour une ravissante souris, bien sous tous les rapports, et affublée d’une tenue pour la pêche sous-marine.
Elle luisait au soleil comme l’intelligence d’un gardien de la paix à un carrefour. Elle portait des palmes peu académiques qui accentuaient son côté sirène, et des lunettes caoutchoutées pareilles à des hublots de bathyscaphe. Elle marchait sur la plage dorée de Golfe-Juan avec une grâce quasi monégasque et à la façon dont elle balançait son porte-bagages, on avait envie de s’engager dans la marine japonaise (sous les ordres de l’amiral Tavé-Kapa-Yalé), section des torpilles humaines. Il y a eu comme un frisson sous les parasols. Douze cents paires d’yeux, plus un œil (un borgne se faisait bronzer dans le secteur) se sont braqués sur la passante. Des soupirs ont fusé ; des poils se sont mis à friser sur des poitrines oppressées ; la tension artérielle de l’assistance a grimpé comme la tension diplomatique lorsque Johnson met du fluide glacial sur la chaise de Mao Tsé Toung ; bref ç’a été un instant solennel et capiteux à la fois. La naïade au fusillance-harpon est entrée dans une cabine.
