— Votre heure sera la nôtre ! susurré-je en lui distillant mon regard marin 63 ter : celui qui met du vague à l’âme.

— Une heure, ça vous va ?

— Et comment ! Où ?

— Vous connaissez une boîte, du côté d’Antibes, qui s’appelle La Pinède brûlée ?

— Pas encore, je suis ici depuis si peu de temps !

— C’est sympa, vous verrez !

Là-dessus nous nous séparons, à savoir que je plonge dans la saumure pour rejoindre ma base.

Je suis content de moi. Voilà une affaire qui a été rondement menée. Vous ne trouvez pas ?

CHAPITRE II

UNE PINÈDE QUI SENT LE BRÛLÉ

Votre San-Antonio bien-aimé est beau comme un dieu lorsqu’il s’annonce (à minuit cognant) à la Pinède brûlée. J’ai mon alpaga gris clair, avec chemise de soie et cravate crème, et je peux vous dire que les mémères se détronchent ferme sur mon passage. En voyant déambuler un Adonis de cet acabit, elles se demandent si on est mercredi ou si elles aiment vraiment la soupe à l’oignon.

La boîte élue par Julia me paraît originale et sélect. Il s’agit d’une ancienne villa de rupins transformée en cabaret de nuit. Sur la terrasse il y a des guirlandes de lampions et des tables dans des boxes en fusains. Sur une estrade, des musiciens en veste blanche jouent des trucs qui font vacances méditerranéennes ; les serveurs sont en habit et j’ai l’idée que dans cette turne, la bouteille de champ’ doit valoir un tantinet plus chérot qu’une limonade-cassis au Pam-Pam des Champs-Elysées. Heureusement je ne pars jamais en vacances sans avoir de la fraîche en cave.

Je m’annonce dans les lumières et je suis réceptionné par un maître d’hôtel, chauve comme le pare-brise panoramique de ma bagnole, qui me demande si je suis seul.



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