
— C’est impossible, affirme-t-elle.
— Pourquoi ? Votre amiral vous séquestre ?
— Pas exactement, mais il déjeune avec moi aujourd’hui.
— Sa bonne femme lui a accordé une permission de détente ?
— Dites, vous en savez long !
— Je ne sors jamais de chez moi avant d’avoir lu les potins de la commère… Alors c’est ça ? La mère Bitakis est en voyage ?
— Elle est allée à Paris pour vingt-quatre heures, rapport à un traitement qu’elle suit…
— Contre la décrépitude ?
Ça lui va droit au cœur. Elle éclate d’un rire argentin (ou brésilien, impossible de faire la différence). Je me dis que les femmes sont marrantes. Les maîtresses sont plus jalouses des légitimes que les légitimes des maîtresses. Voilà une nana qui est belle à faire chialer un aveugle, jeune, rayonnante. Elle s’est levé un vieux bourré jusqu’à la cale qui doit lui distribuer des images montées sur un roulement à billes ! Elle est mortellement jalmince d’une vieille bourgeoise flétrie qui doit se faire amidonner les bajoues si elle ne veut pas ressembler tout à fait à un baquet de gras-double.
— Je suppose, roucoule ma colombe.
En attendant, ça ne fait pas mon affaire. Sa perruche étant absente, il en profite pour faire des galipettes, le Grec.
— Alors on ne peut pas se voir aujourd’hui ?
Julia réfléchit.
— Ce serait peut-être possible, mais alors très tard dans la soirée.
J’ai lu un article sur les mœurs de Bitakis et il me revient en mémoire qu’il ne se couche jamais après minuit. Il a un truc au palpitant et il lui faut du repos. Il fait donc minuit-midi au pucier, sans escale. Après un dîner léger il va flamber un peu au casino, et puis il rentre. Le plus marrant c’est qu’il gagne. Félicie, ma brave femme de mère, me l’a toujours répété : l’argent appelle l’argent. Quand Bitakis se fait sucer dix briques au casino un soir, vous pouvez parier la lune (avec ou sans drapeau soviétique) qu’il fait péter la banque le lendemain. Y a des bonshommes qui savent se faire un accordéon, quoi, faut reconnaître…
