
Je tiens trente secondes, mais, vaincu par l’asphyxie, je refais surface. La môme semble toute rêveuse.
Elle a la figure pleine de mon sang.
— On devrait fait un petit plongeon, histoire de se débarbouiller, conseillé-je.
Pour donner l’exemple, je saute à l’eau. Elle ne tarde pas à me rejoindre. Quelques brasses de conserve, ensuite de quoi nous rallions le radeau.
— Vous embrassez bien, fait-elle seulement.
— Ce serait malheureux, dis-je, je suis recordman du monde du baiser, toutes catégories. J’ai eu une médaille d’or aux derniers Jeux Olympiques.
Elle me regarde en souriant. On dirait qu’elle s’humanise un chouïa ; comme quoi, les bergères, faut pas avoir peur de les violenter un brin quand elles font leur tronche de mule.
— Vous me pardonnez pour tout à l’heure ?
— Je n’ai pas de rancune…
— Vous me connaissiez ?
— Quand on est la maîtresse d’un type considérable, tout le monde vous connaît.
— Vous êtes sans gêne.
— Parce que je ne suis pas hypocrite ?
Elle hausse ses belles épaules dénudées.
— Quand je dis « sans gêne » je pense mufle.
— Ça vous déplaît ?
— Pas tellement.
— Alors on déjeune ensemble ?
La voilà qui devient pensive. Je vous parie la même chose contre ce que vous voudrez qu’elle doit être surveillée par son batelier, Julia. Il paie catch (comme dit Béru), mais il exige l’exclusivité.
Il est partant pour les visons sauvages et la Bozon-Verduraz décapotable, à condition toutefois que Mlle Delange ne propage pas sa vertu.
