Le jeune homme au regard triste s’agita dans son fauteuil et eut un geste pour lisser un pli sur ses collants noirs. Puis il se redressa comme l’on frappait discrètement à la porte, derrière lui.

Piter s’extirpa de son siège, marcha jusqu’à la porte et l’entrouvrit juste assez pour saisir le cylindre à message qu’on lui tendait. Il referma, développa le feuillet et lut. Il eut un rire étouffé. Puis un autre encore.

« Eh bien ? » demanda le Baron.

« Ce fou nous répond, Baron ! »

« As-t-on jamais vu un Atréides ne pas saisir l’occasion d’un geste ? Et que dit-il donc ? »

« Il se montre particulièrement rustre, Baron. Il s’adresse à vous en tant qu’Harkonnen sans vous donner votre titre ni même vous appeler cher cousin. »

« Harkonnen est un beau nom, grommela le Baron d’une voix qui trahissait son impatience. Et que dit-il, ce cher Leto ? »

« Il dit : L’art de la rétribution conserve encore certains adeptes au sein de l’empire. Et il signe : Duc Leto d’Arrakis. (Piter éclata de rire) D’Arrakis ! Oh ! C’en est trop ! C’en est trop ! »

« Du calme, Piter ! dit le Baron, et le rire de l’autre s’éteignit net, comme si l’on eût coupé quelque contact. Rétribution, hein ? La vendetta ? Il a employé ce terme ancien si riche de tradition afin que je sois bien certain de ses dires. »

« Vous avez fait le geste de paix, dit Piter. Vous vous êtes conformé à l’usage. »

« Pour un Mentat, Piter, tu parles trop », dit le Baron. Et il songea : Il faudra que je débarrasse de celui-là avant peu. Il a presque fait son temps. Il contempla son Mentat assassin, s’arrêtant à ce détail que la plupart des gens remarquaient avant tout autre : les yeux, les yeux bleus sans le moindre blanc, avec seulement des stries d’un bleu plus sombre. Un sourire bref vint déformer les traits de Piter. C’est comme une grimace dans un masque, avec ces yeux pareils à deux trous bleus.



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