
L’un comme l’autre regardaient le globe qui tournait, et l’homme qui le faisait tourner, à demi caché dans l’ombre. Un rire étouffé leur parvint. Puis une voix de basse : « regarde, Piter. Le plus grand piège de toute l’Histoire. Et le Duc s’apprête à se placer de lui-même entre ses mâchoires. N’est-ce pas là un magnifique exploit du Baron Vladimir Harkonnen ? »
« Assurément, Baron », dit l’homme gracile. Il avait une voix de ténor enrichie d’une qualité musicale et douce.
La main grasse abaissa le globe et interrompit sa rotation. Chacun pouvait maintenant contempler la surface immobile, chacun pouvait voir qu’il s’agissait là d’un objet réservé aux plus riche collectionneurs ou aux gouverneurs planétaires de l’Empire. Le globe portait en fait l’estampille impériale. Les lignes de longitude étaient visibles, faites de fils ténus de platine. Les calottes polaires étaient serties de joyaux à l’éclat laiteux.
La main grasse se déplaça sur le globe, de détail en détail. « Je vous invite à bien observer, reprit la voix de basse grondante. Regarde attentivement, Piter, et toi aussi, Feyd-Rautha, mon chéri : entre le soixantième parallèle nord et le soixante-dixième sud, ces plissements ravissants. Leur couleur n’est-elle point comparable à celle de quelque délicieux caramel ? Et vous n’apercevrez nulle part le bleu de la moindre mer, du moindre lac, du moindre fleuve. Et ces calottes polaires… Ne sont-elles pas savoureuses ? Si petites. Qui pourrait ne pas reconnaître un tel monde ? Il est unique. Et il est le lieu idéal pour une victoire tout aussi unique. Arrakis. »
Un sourire apparut sur les lèvres de Piet. « Quand on pense, Baron, que l’Empereur Padishah croit avoir offert votre planète d’épice au Duc. Bouleversant. »
Voilà bien une remarque absurde, grommela la Baron, que tu n’as faite que dans le dessein de troubler le jeune Feyd-Rautha. Mail il n’est point nécessaire de troubler mon neveu. »
