« M’auriez-vous convoqué pour ternir mon efficience par la critique,Baron ? » demanda Piter. Sa voix était grave.

« Ternir ton efficience ? Allons donc, Piter, tu me connais. Je désirerais seulement que mon neveu se rende compte des limitations d’un Mentat. »

« Seriez-vous sur le point de me remplacer ? »

« Te remplacer, Piter ? Mais où pourrais-je donc trouver un Mentat doué d’autant de ruse et de venin ? »

« Là même où vous m’avez trouvé, Baron. »

« Peut-être me faudra-til me résigner à cela, en effet. Tu m’as paru assez instable, ces derniers temps. Et puis tu absorbes trop d’épice. »

« Mes plaisirs seraient-ils trop coûteux, Baron ? Vous y êtes opposé ? »

« Mon cher Piter, tes plaisirs constituent le lien qui nous unit, toi et moi. Comment pourrais-je y être opposé ? Je souhaite seulement que mon neveu se livre à quelques observations à ton propos. »

« Je suis donc en scène, en quelque sorte, dit Piter. Faut-il que je danse ? Peut-être devrais-je accomplir quelques-uns de mes tours pour l’éminent Feyd-Rautha ?… »

« Exactement, dit le Baron. Tu es en scène, Piter. Mais silence, à présent. »

Il se tourna vers son neveu et remarqua sur ses lèvres cette subtile moue d’amusement qui était la marque distinctive des Harkonnens.

« Ceci est un Mentat, Feyd. Il a été éduqué et conditionné afin de remplir certaines fonctions. Cependant, il ne faut jamais perdre de vue le fait que son esprit est contenu dans un corps humain. C’est là un sérieux handicap. Je pense même parfois que les anciens étaient dans le vrai avec leurs machines pensantes. »

« Des jouets, comparées à moi, gronda Piter. Même vous, Baron, pourriez-vous dépasse ces machines. »

Peut-être, peut-être…, fit le Baron. Eh bien (il prit une profonde inspiration puis éructa), à présent, Piter, tu pourrais retracer pour mon neveu les grandes lignes de notre campagne contre la Maison des Atréides. Joue donc ton rôle de Mentat pour nous, je te prie. »



21 из 266