
Piter le regarda, prolongeant le silence.
Feyd-Rautha déplaça son fauteuil à suspenseur sur le côté et demanda : « Mon oncle, faut-il que je reste ? Vous avez dit que… »
« Feyd-Rautha, mon chéri, devient impatient, dit le Baron. (Il se déplaça entre les ombres qui stagnaient derrière le globe.) Un peu de calme, Feyd. » Puis il reporta son attention sur le Mentat.
« Et le petit Duc, mon cher Piter ? L’enfant, Paul ? »
« Le piège vous le livrera », dit Piter dans un murmure.
« Telle n’est pas ma question. Tu te souviens que tu as prédit que cette sorcière Bene Gesserit donnerait une fille au Duc. Et tu t’étais trompé, n’est-ce pas, Mentat ? »
« Je neme trompe pas souvent, Baron. (Pour la première fois, il y avait de la crainte dans la voix de Piter.) Accordez-moi cela, je ne me trompe pas souvent. Et vous savez bien vous-même que les Bene Gesserit donnent en général des filles. L’épouse de l’Empereur elle-même n’a produit que des femelles. »
« Mon oncle, dit Feyd-Rautha, vous aviez dit qu’il pouvait être question ici de quelque chose d’important pour moi et… »
« Ecoutez mon neveu. Il aspire à régir la baronnie et il ne peut même pas se régie lui-même. »
Ombre dans les ombres, le Baron se déplaça à nouveau derrière le globe d’Arrakis.
« Eh bien, Feyd-Rautha Harkonnen, je t’ai convoqué en ce lieu dans l’espoir de t’inculquer un rien de sagesse.As-tu observé notre bon Mentat ? De notre discussion, tu aurais dû retirer quelque chose. »
« Mais, mon oncle… »
« Piter n’est-il point un Mentat très efficace, selon toi, Feyd ? »
« Certainement, mais… »
« Ah ! Nous y voici : Mais. Mais il consomme trop d’épice. Il la savoure comme une friandise. Regarde ses yeux ! On dirait qu’il sort tout juste d’une équipe d’extraction arrakeen. Efficient, ce cher Piter, mais aussi émotif, enclin à des crises de colère. Efficient mais capable d’erreur. »
