Jessica posa la main sur l’épaule de son fils, la serra. Le temps d’un battement de cœur, la peur irradia de sa paume, puis elle se maîtrisa une fois encore et répondit :

« Ainsi a-t-il été éduqué, Votre révérende. »

Que craint-elle ? se demanda Paul.

La vieille femme l’étudiait, tout entier, en un seul regard. Il avait le visage ovale de sa mère, avec une ossature plus forte. Ses cheveux étaient noirs, très noirs, comme ceux du Duc, son père. Ses sourcils étaient ceux de ce grand-père du côté maternel dont on ne pouvait dire le nom. Il avait un nez fin, plein de dédain, et ses yeux verts avaient le regard direct du vieux Duc, son grand-père paternel qui était mort.

Voilà bien un homme qui appréciait la puissance du geste, même dans la mort, songea la Révérende Mère.

« L’éducation est une chose , dit-elle, l’ingrédient de base en est une autre. Mais nous verrons. »

Les yeux anciens eurent un regard acéré à l’adresse de Jessica : « Laisse-nous. Je t’enjoins de pratiquer la méditation de paix. »

Jessica retira sa main de l’épaule de son fils. « Votre Révérence, je… »

« Jessica, tu sais bien que cela doit être fait. »

Intrigué, Paul regarda sa mère.

Elle se raidit ; « oui, bien sûr… »

Il se tourna vars la Révérende Mère. La déférence de Jessica et sa crainte commandaient la méfiance. Pourtant, il ressentait une certaine appréhension devant la peur qui irradiait de sa mère.

« Paul… (Jessica prit une inspiration profonde) Cette épreuve à laquelle tu vas être soumis… Elle… elle est importante pour moi… »

« Une épreuve ? »

« Souviens-toi que tu es le fils d’un Duc », dit encore Jessica. Puis elle fit demi-tour et quitta le salon dans le froissement léger de sa robe. La porte se referma derrière elle. Paul regarda la vieille femme tout en contenant sa colère.

« Depuis quand congédie-t-on Dame Jessica comme une servante ? » demanda-t-il.



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