
« Ne faisons pas attendre le Révérende Mère. »
Il s’assit et mit les mains autour de ses genoux.
« Qu’est-ce qu’un gom jabbar ? »
De nouveau, grâce à l’éducation qui était la sienne, il perçut l’invisible hésitation de sa mère et la ressentit comme de la peur. Elle s’approcha de la fenêtre, ouvrit les rideaux en grand et, durant un instant, contempla le mont de Syubi, par delà le verger, au bord de la rivière.
« Tu apprendras ce qu’est le gom jabber… bien assez tôt », dit-elle.
Une fois encore, il sentit la peur dans sa voix et il en fut intrigué. Sans se retourner, Jessica reprit : « La Révérende Mère attends dans mon salon, Paul. Hâte-toi. »
La Révérende Mère Gaïus Helen Mohiam, assise dans un fauteuil de tapisserie, regardait approcher la mère et le fils. De part et d’autre, les fenêtres ouvraient sur la courbe de la rivière qui coulait vers le sud et sur les terres verdoyantes des Atréides, mais la Révérende Mère était indifférente à ce paysage. Ce matin, elle ressentait son âge. Elle en rendait responsable ce voyage dans l’espace, cette association avec l’abominable Guilde Spatiale aux menées obscures. Mais cette mission requérait l’intervention d’une Bene Gesserit-avec-le-regard. Et la Diseuse de Vérité de l’Empererur Padishah elle-même ne pouvait se soustraire à son devoir.
Maudite soit cette Jessica ! songea la Révérende Mère. Si seulement elle nous avait donné une fille ainsi qu’il lui avait été ordonné !
A trois pas du fauteuil, Jessica s’arrêta. Elle esquissa une brève révérence tout en pinçant légèrement sa jupe de la main gauche. Paul s’inclina rapidement, ainsi que le lui avait enseigné son maître à danser pour les circonstances « où l’on pouvait douter du rang de la personne ».
Les nuances de l’attitude de Paul ne passèrent pas inaperçues de la Révérende Mère. « Il est prudent, Jessica », dit-elle.
