
« Un fils de Duc se doit de connaître les poisons. Ainsi le veut notre époque, n’est-ce pas ? Le Musky que ’on met dans ton verre. L’Aumas que l’on glisse dans ta nourriture. Les poisons lents, les foudroyants et les autres. Et le gom jabbar, que j’ai ici. Lui, ne tue que les animaux. »
L’orgueil domina la peur. « Osez-vous insinuer qu’un fils de Duc est un animal ? »
« Disons que je pense que tu peux être humain. Attention ! Ne fais plus un mouvement ! Je suis vieille mais ma main plongerait cette aiguille dans ton cou avant que tu puisses te dérober. »
« Qui êtes-vous ? Comment avez-vous pu obliger ma mère à me laisser seul avec vous ? Etes-vous une Harkonnen ? »
« Une Harkonnen ? Ciel, non ! Mais à présent : silence ! » Un doigt sec sur son cou. Il maîtrisa l’impulsion de fuite.
« C’est bien : tu as passé la première épreuve. A présent, voici ce qui va suivre : si tu retires la main de cette boîte, tu meurs. Telle est l’unique règle. Laisse ta main dans cette boîte et tu vis. Ote-la et tu meurs. »
Il respira profondément pour réprimer un tremblement. « Si j’appelle, dit-il, nos gens seront là en un instant et c’est vous qui mourrez. »
« Tes serviteurs n’iront pas plus loin que ta mère qui veille à cette porte. Elle a déjà survécu à cette épreuve. Maintenant, ton tour est venu. Sois-en fier : il est rare que nous soumettions des enfants mâles à cette épreuve. »
La curiosité vint atténuer la peur jusqu’à la rendre supportable. Paul avait perçu la vérité dans la voix de la vieille femme. Il ne pouvait nier ses paroles. Si vraiment sa mère veillait là-dehors… Si vraiment il s’agissait d’une épreuve… Quelle qu’elle fût, il savait qu’il ne pouvait y échapper. Il était prisonnier de cette main près de son cou, du gom jabbar. Il se souvint des paroles de la Litanie contre la Peur di rituel Bene Gesserit, telles que sa mère les lui avait enseignées. Je ne connaîtrais pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterais ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.
