La pièce fut brutalement inondée d’une lumière jaune, crue, et le jeune homme, ayant levé les yeux sur son interlocuteur, ne put réprimer un sursaut. Ses doigts cherchèrent le rebord de la table pour s’y agripper.

— Bon dieu! murmura-t-il.

Puis il garda les yeux fixés sur le vampire, sans un mot.

La peau du vampire était parfaitement blanche et lisse, comme s’il avait été sculpté dans de la craie, et son visage semblait aussi inanimé que celui d’une statue, à l’exception des deux yeux verts et brillants qui regardait fixement le jeune homme, telles des flammes logées dans des orbites. Le visage du vampire s’éclaira d’un sourire presque désenchanté, et la matière lisse et blanche de sa chair avait le mouvement infiniment flexible, mais schématique, des dessins animés.

— Vous voyez? demanda-t-il avec douceur.

Avec un frémissement, le jeune homme éleva la main comme pour se protéger d’une lumière trop violente. Son regard erra lentement sur l’habit noir à la coupe impeccable qu’il n’avait fait qu’apercevoir dans le bar, sur les longs plis de la cape, sur le nœud de soie noire et sur le col éclatant de blancheur, aussi blanc que la chair du vampire. Il contempla les cheveux d’un noir intense, dont les ondulations venaient recouvrir la pointe des oreilles; les boucles touchaient presque le bord du col blanc.

— Et maintenant, vous désirez toujours cette interview? demanda le vampire.

Le jeune homme ouvrit la bouche sans qu’aucun son en sortît. Il acquiesça de la tête, puis réussit à articuler:

— Oui.

Lentement, le vampire s’assit en face du jeune homme et, se penchant vers lui, dit doucement, comme sur le ton de la confidence:

— N’ayez pas peur. Mettez simplement le magnétophone en marche.



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