Sur ces mots, il étendit un bras au-dessus de la table, en direction du jeune homme qui se tassa dans sa chaise, le visage subitement inondé de sueur. La main du vampire étreignit son épaule.

— Croyez-moi, dit-il, je ne vais pas vous faire de mal. Je veux profiter de l’occasion que vous m’offrez. Vous ne pouvez vous rendre compte à quel point c’est important pour moi. J’aimerais que nous commencions.

Il retira sa main puis attendit, recueilli.

Le jeune homme eut besoin d’un moment pour s’éponger le front et les lèvres avec un mouchoir, pour bégayer que le micro était incorporé à l’appareil, pour enclencher la touche d’enregistrement et pour annoncer enfin que le magnétophone tournait.

— Vous n’avez pas toujours été un vampire, n’est-ce pas? commença-t-il.

— Non. Je suis devenu vampire à l’âge de vingt-cinq ans, et c’était en l’an 1791.

Le jeune homme fut frappé par la précision de la date, et la répéta avant de demander:

— Comment est-ce arrivé?

— On peut faire à cela une réponse simple… Mais je ne crois pas avoir envie de faire des réponses simples. Je crois que je préfère raconter toute l’histoire…

— Oui, dit rapidement le jeune homme.

Il pliait et repliait son mouchoir et se tamponnait les lèvres.

— Il y eut d’abord une tragédie…, commença le vampire. Un frère cadet… Il mourut.

Sur ce mot il s’arrêta, ce qui permit au jeune homme de s’éclaircir la gorge et de s’essuyer encore le visage, avant de fourrer le mouchoir dans sa poche d’un geste presque impatient.

— Cela ne vous est pas douloureux, n’est-ce pas ? demanda-t-il timidement.

— Cela le parait? interrogea le vampire. Non, reprit-il en secouant la tête. Il se trouve simplement que je n’ai jamais raconté cette histoire qu’à une seule autre personne, et il y a tellement longtemps de cela… Non, cela ne m’est pas douloureux…



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