
Honnêtement, pourtant, je dois reconnaître que le commandant Deladrier connaissait son boulot. Le Rodger Young avait freiné sans bavures. Dans la même seconde, elle lançait :
— Tube central… Feu !
Deux chocs de recul pour l’éjection de Jelly et de son adjoint de section. Puis aussitôt :
— Tubes bâbord et tribord… Feu en automatique !
C’était à nous.
Dang ! Ça, c’était la capsule qui avançait d’un cran. Dang ! Ça se passait exactement comme pour les cartouches des armes anciennes. Une à une, les capsules étaient mises en place dans la chambre de tir. La seule différence, c’est que les chargeurs de nos mitrailleuses étaient les tubes d’éjection d’un transport de troupes et que chaque cartouche était assez grande (à peine assez grande, en fait) pour recevoir un fantassin en tenue de combat.
Dang ! Jusqu’alors, j’avais été en troisième position, éjecté dans les premiers. Cette fois, j’étais Charlie-zéro, en queue des trois pelotons. Les capsules sont tirées au rythme d’une par seconde, mais ça fait quand même une assez longue attente. J’essayais de compter. Bang ! (douze) Bang ! (treize). La quatorzième capsule fit un bang ! différent des autres. C’était celle de Jenkins, vide. Et puis… Clac ! Ma capsule se plaçait dans la chambre. Brraaoum ! Le tonnerre de l’explosion. A côté de ça, le freinage du commandant était une douce caresse d’amour.
Et puis rien.
Rien du tout. Aucun son, aucune pression dans l’apesanteur. Les ténèbres. La chute libre à trente milles peut-être de l’atmosphère, vers la surface d’un monde que je n’avais jamais vu.
Je ne tremblais plus. Finie l’attente. Après l’éjection, rien ne peut plus vous arriver parce que, si vous êtes touché, ça se passe vite, si vite que vous n’avez pas le temps de vous en apercevoir.
