
Presque immédiatement, j’ai senti que ma capsule tanguait et roulait. Puis elle s’est stabilisée et la pesanteur s’est exercée sur mon dos. De plus en plus forte. Elle devait se situer aux alentours de 0 g 87 quand ma capsule a atteint la première couche ténue de l’atmosphère planétaire. Un pilote, quand il est vraiment maître dans son art (et c’était le cas du commandant Deladrier, à mon avis), calcule son approche et son freinage afin d’équilibrer votre vitesse d’éjection avec la rotation planétaire, pour que vous soyez pour ainsi dire immobile par rapport à la latitude de largage. Les capsules sont lourdes. Elles s’infiltrent dans les hautes couches et les courants atmosphériques sans trop se dévier de leur trajectoire. Mais les éléments d’une section sont toujours dispersés durant la descente. Un mauvais pilote peut multiplier les difficultés en larguant les hommes sur un territoire trop étendu. Le regroupement pour la récupération au sol devient impossible et la mission également. Un fantassin ne peut bien se battre que s’il est bien largué sur sa zone et c’est pour ça que je pense que, effectivement, les pilotes des vaisseaux sont aussi indispensables que nous.
A la façon dont ma capsule entrait dans l’atmosphère, je pouvais dire que le commandant était aussi près que possible du vecteur tangentiel zéro et j’en étais heureux. Pas seulement pour toute notre formation, qui resterait groupée à l’arrivée et ne perdrait pas de temps, mais aussi pour notre pilote. Un vrai pilote, c’est celui qui est rapide et précis au moment de la récupération.
La coque extérieure de ma capsule entra en combustion et se détacha. Pas d’une seule pièce, pourtant, puisque je me mis à basculer. L’équilibre fut rétabli avec la disparition des derniers fragments. Les freins de turbulence de la deuxième coque entrèrent en action et la descente se fit difficile… plus difficile encore quand ils brûlèrent, l’un après l’autre, et que la deuxième coque commença à partir en miettes.
