Du Castor et des Chasseurs.

Des Chasseurs poursuivaient un Castor; dans le dessein de tirer profit de certaine partie de son corps. Ils avaient coutume d’en employer la chair comme un remède souverain contre plusieurs maux. Le Castor, qui savait leur intention, n’eut pas plutôt reconnu qu’il ne pouvait leur échapper, qu’il la prit à belles dents, et se la retrancha. Alors les Chasseurs, satisfaits d’avoir ce qu’ils cherchaient, cessèrent de le poursuivre, et se retirèrent. Ainsi le Castor, qui fort sagement jugea à propos de se défaire d’une partie qu’il ne pouvait conserver sans perdre le tout, se sauva par son jugement.

Du Berger et du Chien.

Un Berger avait donné plusieurs fois à son Chien les Brebis qui mouraient chez lui de maladie. Un jour, une des plus grasses de son troupeau tomba malade; alors le Chien parut plus triste que de coutume. Le Berger lui en demanda la cause; sur quoi l’autre lui répondit qu’il ne pouvait, sans s’affliger, voir la meilleure Brebis du troupeau en danger de périr. – Tu me portes bien la mine, lui repart l’Homme, de penser beaucoup plus à ton intérêt qu’au mien. Tu as beau dissimuler, va, je suis bien persuadé que tu ne t’attristes de la maladie de ma Brebis, que parce que tu crains qu’en réchappant, elle ne t’échappe. -

De l’Avare et du Passant.

Un Avare enfouit son trésor dans un champ; mais il ne put le faire si secrètement qu’un Voisin ne s’en aperçût. Le premier retiré, l’autre accourt, déterre l’or et l’emporte. Le lendemain l’Avare revient rendre visite à son trésor. Quelle fut sa douleur lorsqu’il n’en trouva que le gîte! Un dieu même ne l’exprimerait pas.



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