Le voilà qui crie, pleure, s’arrache les cheveux, en un mot se désespère. À ses cris, un Passant accourt. – Qu’avez-vous perdu, lui dit celui-ci, pour vous désoler de la sorte? – Ce qui m’était mille fois plus cher que la vie, s’écria l’Avare: mon trésor que j’avais enterré près de cette pierre. – Sans vous donner la peine de le porter si loin, reprit l’autre, que ne le gardiez-vous chez vous: vous auriez pu en tirer à toute heure, et plus commodément l’or dont vous auriez eu besoin. – En tirer mon or! s’écria l’Avare: ô ciel! je n’étais pas si fou. Hélas! je n’y touchais jamais. – Si vous n’y touchiez point, répliqua le Passant, pourquoi vous tant affliger? Eh, mon ami, mettez une pierre à la place du trésor, elle vous y servira tout autant. -

Du Cerf et du Faon.

Le Faon soutenait à son Père que la nature lui avait donné de si grands avantages sur le Chien, qu’il n’avait aucun lieu de le craindre. – Si jamais, disait-il au Cerf, nous en venons aux prises le Chien et moi, comptez que je n’aurai pas de peine à le battre, car, outre que je suis plus haut, et par conséquent plus fort que lui, je vois ma tête armée d’un bois que la sienne n’a point. – Mon fils, repartit l’autre, donnez-vous bien de garde de l’attaquer, la partie ne serait pas égale. Si les dieux lui ont refusé le bois qu’ils vous ont donné, ils lui ont fait présent d’un coeur que vous n’avez point. -

Du Renard et du Sanglier.

Un Sanglier aiguisait ses défenses contre le tronc d’un arbre. – À quoi bon, lui dit un Renard, te préparer au combat, quand tu ne vois ni Chien ni Chasseur? – Hé, dois-je attendre, répliqua l’autre, que je les aie en queue, pour songer à tenir mes armes en état, quand ils ne me donneront pas le temps d’y penser? -

Du Savetier Médecin.



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