Du Trompette.

Un Trompette, après avoir sonné la charge, fut pris par les Ennemis. Comme un d’entre eux levait le bras pour le percer de son épée: – Quartier, s’écria le prisonnier. Considérez que je ne me suis servi que de ma trompette, et qu’ainsi je n’ai pu ni tuer ni blesser aucun des vôtres. – Tu n’en mérites pas moins la mort, répliqua l’autre en lui plongeant l’épée dans le ventre, méchant qui ne tue jamais, il est vrai, mais qui excite les autres à s’entre-tuer. -

Du Laboureur et de ses Chiens.

Un Laboureur détela les Boeufs de sa charrue dans un temps de famine, les tua, dans la vue de s’en nourrir, lui et sa famille. Ses Chiens qui s’en aperçurent, sortirent aussitôt du logis, et gagnèrent pays. – Sauvons-nous, se disaient-ils les uns aux autres. Si cet Homme tue des Animaux, dont il a si grand besoin pour son labourage, que ne nous fera-t-il point à nous, qui ne lui sommes pas à beaucoup près si nécessaires! -

De l’Âne et du Lion chassant.

L’Homme sans mérite qui vante sa gloire en paroles trompe ceux qui ne le connaissent pas, est la risée de ceux qui le connaissent. Le Lion, voulant chasser en compagnie de l’Âne, le couvrit de ramée et lui recommanda d’épouvanter les Animaux du son inaccoutumé de sa voix afin de les arrêter au passage. Celui-ci dresse de toutes ses forces ses oreilles avec une clameur soudaine et terrifie les bêtes de ce prodige d’un nouveau genre. Tandis qu’épouvantées elles gagnent leurs issues habituelles, le Lion les terrasse d’un élan terrible. Quand il fut las de carnage, il appela l’Âne, lui dit d’étouffer ses cris. Alors l’autre, insolemment: – Comment trouves-tu cet effet de ma voix? – Merveilleux, dit le Lion, au point que, si je n’avais connu ton caractère et ta race, j’aurais été pris de la même erreur. -



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