
De la Vieille et de sa Servante.
Une Vieille n’avait pas plutôt entendu le chant de son Coq, que tous les matins, elle allait une heure avant le point du jour éveiller sa Servante. Alors il fallait se lever pour prendre ensuite une quenouille, qu’on ne quittait que longtemps après le coucher du soleil. Celle-ci, qui séchait de fatigue et d’insomnie, prit un jour le Coq et le tua, dans la pensée qu’elle dormirait tout à son aise, sitôt que sa maîtresse aurait perdu son réveille-matin. Mais tout le contraire arriva. Le Coq mort, la Vieille, qui n’entendait plus ce chant qui la réglât, était toute la nuit sur pied et courait éveiller sa Servante, lorsqu’à peine celle-ci avait eu le temps de se coucher.
De l’Âne et du Cheval.
Un Cheval couvert d’une riche housse, allait trouver son Maître à la guerre. Un Âne le vit passer; alors il ne peut s’empêcher de soupirer, et d’envier le bonheur de l’autre. Suis-moi, lui dit le Cheval qui s’en était aperçu, et tu partageras la gloire dont je vais me couvrir. Le Baudet ne se le fit pas dire deux fois et le suivit. Il arrive au camp; et d’abord soldats, armes, pavillons, le bruit des tambours, le font tressaillir d’aise. Mais quelques jours après, lorsqu’il vit le Cheval obligé de porter son Maître dans la mêlée, au risque de mille coups, il sentit diminuer sa joie, et pensa à ce qu’il avait quitté. Un moment après il baissa les oreilles, et tourna le dos. Puis, malgré tout ce que l’autre put lui dire pour l’engager à rester, il courut au grand trot reprendre le chemin du moulin.
Du Paon et de la Pie.
Un jour les Oiseaux s’assemblèrent à dessein de nommer entr’eux un roi, qui fût capable de les gouverner. Chaque Oiseau, pour se concilier les suffrages de l’assemblée, fit valoir tout autant qu’il le put les avantages qu’il avait reçus de la nature.
