L’Aigle parla de sa force, le Coq de son courage, le Perroquet de sa mémoire, et la Pie de son esprit. Mais ce fut en vain que les uns et les autres vantèrent à la diète leurs bonnes qualités. On n’y fit pas la moindre attention; au contraire, le récit qu’ils en firent ennuya. Là-dessus le Paon vint à son tour étaler sa belle queue. Dès qu’il parut, les Oiseaux, charmés de la bigarrure de son plumage, lui donnèrent leurs voix; de sorte que sans vouloir écouter les remontrances de la Pie, qui soutenait que ce Paon n’avait point d’autre mérite que celui de sa queue, ils lui rendirent hommage, et sur le champ le proclamèrent roi.

Du Dauphin qui porte un Singe.

Un Dauphin côtoyait de fort près en nageant le rivage de la mer. – Bon, dit un Singe qui l’aperçut, voici un moyen pour voir la pleine mer tout à mon aise. Je ne l’ai jamais vue, et ainsi il faut que je me contente. – Cela dit, il s’approche du rivage, ensuite il s’élance, et retombe sur le dos du poisson. Celui-ci qui aime l’Homme, crut qu’il en portait un, et mena le Singe assez loin. Là-dessus, ce dernier, charmé de voguer sur l’Océan, jette un cri de joie. À ce cri, l’autre lève la tête, envisage le Singe, et le reconnaît. Le Dauphin fit sauter sa charge en l’air d’un coup de sa queue, et se replonge aussitôt au fond de la mer.


Du Berger et du Louveteau.

Un Berger trouva un Louveteau que la Louve avait abandonné; il le prit et l’emporta dans sa cabane; là, il le nourrit, et l’éleva parmi les Chiens qui gardaient son troupeau. Il aurait beaucoup mieux fait de l’assommer, car le Louveteau, qui d’abord n’avait fait aucun mal tant qu’il s’était senti faible, ne fut pas plutôt Loup, qu’après avoir étranglé les Chiens, pendant que le Berger dormait, il courut se jeter sur les Brebis, et les mit toutes en pièces.



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