Du Cygne et de la Grue.

Le Cygne, à l’extrémité, chantait. – Je ne vois pas, lui disait la Grue, quel sujet vous avez de vous réjouir dans l’état où vous êtes. – Je sens que je vais mourir, répliqua le Cygne. Ai-je tort de marquer de la joie, quand je me vois sur le point d’être délivré de tous mes maux? -

De la Canne et du Barbet.

Un Barbet poursuivait une Canne. Celle-ci, pour se sauver, se jette dans un étang. L’autre s’y lance, et nage après elle. Comme il la suit, et de si près, qu’il ouvre déjà la gueule pour la prendre, la Canne fait le plongeon, s’enfonce et disparaît. Ainsi le Chien perdit sa proie dans le moment même qu’il croyait la tenir.

De l’Homme décoiffé.

Un Homme chauve se vit obligé de couvrir sa tête de cheveux empruntés. Un jour, comme il dansait en bonne compagnie, il donna en sautant, un tel branle à son corps, que sa fausse chevelure en tomba par terre. Chacun se mit à rire. – Messieurs, dit le Danseur, dans le dessein de faire cesser la risée par quelque bon mot, vous ne devez pas être surpris que ces cheveux n’aient pu tenir sur la tête d’autrui, lorsqu’ils n’ont pu rester sur la leur propre. -

Des Voyageurs et du Plane.

Vers le milieu d’un des plus chauds jours de la canicule, deux Voyageurs prenaient le frais à l’ombre d’un Plane. Ils s’y étaient retirés pour se mettre à l’abri du soleil. Comme ils en considéraient les branches sans y apercevoir de fruit: – Voilà, se disaient-ils l’un à l’autre, un méchant Arbre; s’il m’appartenait, puisqu’il n’est bon à rien, je le ferais abattre et jeter au feu tout présentement. – Ingrats, leur dit l’Arbre, n’est-ce donc rien que cet ombre que mon feuillage produit, et qui vous garantit si à propos des rayons que vous fuyez? -



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