Des Boeufs et de l’Essieu.

Deux Boeufs attelés à un chariot fort chargé, ne le tiraient qu’avec peine. Cependant l’Essieu criait, et de telle sorte, que les Boeufs, étourdis du bruit qu’il faisait, s’arrêtèrent et se retournèrent vers lui. – Importun, lui dirent-ils, eh! qu’as-tu donc tant à crier, toi qui ne fatigues presque point, tandis que nous ne nous plaignons seulement pas, nous qui suons à tirer tout le fardeau? -

Du Coq et du Renard.

Un Coq se tenait sur un chêne fort élevé. Un Renard, qui ne pouvait l’y atteindre, courut au pied de l’arbre: – Ami, cria-t-il à l’autre, bonne nouvelle! Hier, la paix fut signée entre les tiens et les nôtres. Sans rancune donc, je te prie; et puisque dorénavant nous devons tous nous entr’aimer comme frères, commençons par nous réconcilier. Viens donc, mon cher, descends que je t’embrasse. – Ami, repartit le Coq, tu ne saurais croire combien cette nouvelle me réjouit. Je la crois certaine, car, si je ne me trompe, je vois là-bas deux courriers qui viennent nous en apporter la nouvelle. Demeure donc, je te prie; et sitôt qu’ils seront arrivés, je descendrai pour nous en réjouir tous quatre ensemble. – Ces courriers étaient deux Lévriers. Le Renard ne jugea pas à propos de les attendre, et gagna pays; et le Coq se mit à rire à gorge déployée.

De la Rose et des Fleurs.

Les Fleurs contemplaient la Rose, et trouvaient dans ses nuances un éclat si vif qu’elles lui cédaient, presque sans envie, le prix de la beauté. – Non, lui disaient-elles toutes d’une voix, notre coloris n’est ni si rare ni si beau. Nous n’exhalons point une odeur si douce. Triomphez, belle Rose: vous méritez seule les caresses des zéphyrs. – Fleurs, dit la Rose en soupirant, lorsqu’un seul jour me voit naître et mourir, que me sert d’être si belle? Hélas! je voudrais l’être moins et durer, comme vous, davantage. -



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