
Baley pensa : « Jehoshaphat ! Il ne sait comment me présenter la chose. Il n’ose pas le dire. »
Minnim retira le cigare de sa bouche, regarda s’envoler la fumée et dit :
— Le ministère de la Justice vous détache, à titre temporaire, pour une enquête à Solaria.
Pendant un instant, le cerveau de Baley chercha vainement une identification impossible : Solaria. En Asie ? En Australie ?
Puis il bondit de son siège, et la voix tendue :
— Vous voulez dire, un des Mondes Extérieurs ?
Minnim fuyait toujours le regard de Baley :
— Exactement.
Baley dit :
— Mais c’est impossible. Ils ne permettront jamais à un Terrien de poser le pied sur l’un des Mondes Extérieurs.
— Les circonstances obligent à raviser des attitudes, inspecteur Baley. Il y a eu un meurtre sur Solaria.
Les lèvres de Baley se crispèrent en une sorte de sourire réflexe :
— C’est légèrement en dehors de notre juridiction, n’est-ce pas ?
— Ils ont demandé notre aide.
— Notre aide ? A nous, Terriens !
Baley se débattait entre la confusion de ses pensées et une franche incrédulité. Qu’un Monde Extérieur prenne toute autre attitude qu’une froide arrogance vis-à-vis de la méprisable planète mère ou, en mettant tout au mieux, qu’une paternelle bienveillance, était totalement inconcevable. Demander de l’aide…
— L’aide de la Terre, répéta-t-il.
— C’est peu courant, certes, admit Minnim, mais enfin, c’est le cas. Ils désirent qu’un détective de la Terre prenne cette enquête en main. La demande est parvenue par les voies diplomatiques, à l’échelon le plus élevé.
Baley se rassit :
— Mais pourquoi moi ? Je ne suis plus jeune, j’ai quarante-trois ans. J’ai femme et enfant. Je ne saurais quitter la Terre.
— Ce n’est pas nous qui vous avons choisi, inspecteur. On a exigé que ce soit vous personnellement.
