
— Je le sais, dit Minnim avec un sourire, et je vais y remédier à l’instant. Vous avez une affectation extérieure, à titre temporaire.
— Hors de New York ?
— A une bonne distance, oui !
Baley leva les sourcils, l’air pensif.
Pour combien de temps ce détachement, monsieur ?
— Je ne le sais pas moi-même.
Baley n’ignorait pas les avantages et les inconvénients d’une affectation extérieure. En tant que détaché dans une ville où il ne résidait pas, il vivrait probablement sur un plus grand pied que son statut officiel ne l’y autorisait. D’un autre côté, il était extrêmement improbable que Jessie et leur fils Bentley fussent autorisés à l’accompagner dans ses déplacements. On prendrait bien soin d’eux évidemment à New York, mais Baley était un être très attaché à son foyer et l’idée de cette séparation ne lui souriait guère.
Et puis, aussi, une affectation extérieure signifiait un genre particulier d’enquête, ce qui était fort bien, et une responsabilité plus importante que d’habitude reposant sur le détective en tant qu’individu, ce qui pouvait se révéler fort ennuyeux. Baley, peu de mois auparavant, s’était plus que honorablement tiré de l’enquête sur le meurtre d’un Spacien, juste en dehors des limites de New York. Il ne débordait pas de joie à l’idée d’une enquête du même genre, ou plus ou moins similaire.
— Pourriez-vous m’indiquer où il va falloir que je me rende, dit-il, ainsi que l’objet de ce détachement ? De quoi s’agit-il donc ?
Il essayait d’évaluer la réponse du sous-secrétaire « à une bonne distance », et s’amusait à parier avec lui-même sur l’emplacement de cette nouvelle base d’opération. Le mot de distance lui avait paru particulièrement mis en valeur et Baley pensait : Est-ce Calcutta ou Sidney ?
Puis il s’aperçut qu’après tout Minnim avait pris le cigare et l’allumait avec soin.
