Or, comme les soins attentifs de M. le comte de Montgiroux pour la baronne de Barthèle ne pouvaient porter ombrage qu’au mari, et qu’on ne s’apercevait pas que le mari y trouvât à redire, le monde imita l’insouciance du mari et fut de l’avis des amants, car le monde sait toujours ce qui se passe, qu’on ait ou qu’on n’ait pas intérêt à lui cacher son secret.


Au bout d’un an de mariage, madame de Barthèle accoucha d’un garçon. – M. de Barthèle reçut les compliments qu’on lui adressait, en homme enchanté d’avoir un héritier de son nom. Il redoubla d’attentions pour sa femme et fit élever l’enfant sous ses yeux, ne voulant point qu’il quittât la maison natale, et qu’il allât perdre dans un collège ce vernis d’aristocratie que conservent toujours chez un jeune homme l’éducation à domicile et la présence des parents. Maurice avait donc été élevé avec un soin tout particulier, et comme on élevait les gentilshommes d’autrefois, par un gouverneur et sous les yeux de M. et de madame de Barthèle.


Enfin, après quinze années d’une union si parfaite qu’elle n’avait jamais subi la moindre altération et qu’on la citait dans le monde comme un modèle, madame de Barthèle, par la mort de son mari, était entrée dans le paradis du veuvage, sans avoir eu à subir, comme on le disait à cette époque, le purgatoire de l’hyménée. Elle avait fort convenablement pleuré son mari, qu’elle regrettait comme on regrette un ami sincère. Ce fut alors qu’une de ses parentes, madame de Neuilly, qui avait éternellement jalousé le bonheur de sa cousine, lui avait suggéré l’idée de se remarier en secondes noces, avec le comte de Montgiroux; idée que le pair de France avait si philosophiquement repoussée.



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