La situation était ainsi restée ce que le passé l’avait faite, sauf les atteintes inévitables de l’âge. L’avenir, ce temps de l’espérance, avait de jour en jour amené des rides, mais pas de déception. Les cheveux de M. de Montgiroux avaient grisonné, mais il avait un coiffeur qui les lui teignait avec art. La taille de madame de Barthèle avait épaissi, mais elle avait une couturière qui l’habillait à merveille. Bref, chaque année avait amené douze mois de plus sans doute; mais, s’ils avaient vieilli pour les autres, les deux amants n’avaient pas vieilli pour eux mêmes, et c’était le principal.


Bientôt ces liens du cœur s’étaient encore resserrés d’un lien de famille. Maurice avait atteint sa vingt-quatrième année, et Clotilde sa dix-septième. Les deux jeunes gens, élevés ensemble, paraissaient avoir une grande affection l’un pour l’autre: un projet de mariage était arrêté entre eux depuis longtemps. Ni l’un ni l’autre, lorsqu’on leur fit part de ce projet, n’y apporta d’opposition. La chose était convenable sous tous les rapports, elle réunissait les deux fortunes. Les amis communs reçurent donc, un beau matin, une lettre de faire part qui leur annonçait le mariage de M. Charles-Maurice de Barthèle avec mademoiselle Clotilde de Montgiroux.


Les jeunes gens partirent pour l’Italie, dont ils visitèrent les principales villes; puis, à leur retour, il fut convenu qu’on passerait l’hiver dans l’hôtel de la rue de Varennes, qui venait à Maurice du fait de M. de Barthèle, et l’été au château de Fontenay-aux-Roses, que Clotilde tenait de la succession du vicomte de Montgiroux, son père, frère cadet du comte de Montgiroux.

CHAPITRE II

C’était au château de Fontenay-aux-Roses que Clotilde avait été élevée; mais celui qui eût vu en 1835 cette élégante propriété, et qui l’eût comparée à ce qu’elle était trois ans auparavant, ne l’eût certes pas reconnue, et, si le vicomte de Montgiroux fût revenu à la vie, il eût eu grand’peine à retrouver dans la moderne villa le moindre vestige de son ancienne demeure.



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