
– Il le faut bien, puisque vous le voulez; mais véritablement, comte, si j’étais jeune et que j’eusse des dispositions à la jalousie…
– Eh bien?
– Eh bien, je vous avoue que vous me feriez passer une fort triste journée, avec cette préoccupation éternelle.
– Moi, préoccupé?
– Au point, mon cher comte, que vous ne me questionnez pas, que vous ne semblez pas ressentir la moindre inquiétude quand Clotilde et moi sommes véritablement désolées, et quand le danger qui existait hier est bien loin, je vous le jure, d’être encore tout à fait dissipé.
– Pardon, chère amie, répondit M. de Montgiroux presque sans entendre. Mais c’est cette nouvelle loi; je n’ai jamais plus vivement compris qu’en la discutant toute la responsabilité qui pèse sur un pair du royaume.
– Du royaume! répéta madame de Barthèle avec ironie; du royaume! Vous avez quelquefois, savez-vous, des expressions bien bouffonnes, mon cher comte! Vous appelez la France un royaume! Ce que c’est que l’habitude. Allons, suivez-moi, pauvre victime; il fallait imiter MM. de Chateaubriand et de Fitz-James; les lois du royaume ne vous donneraient plus tout cet embarras.
– Madame, reprit gravement M. de Montgiroux, un véritable citoyen se doit avant tout à la France.
– Comment avez-vous dit cela, mon cher comte? Un citoyen! Ah! mais vraiment vous faites des progrès dans la langue moderne, et je ne désespère pas, pourvu que nous ayons encore deux ou trois révolutions dans le genre de la dernière, de vous voir mourir jacobin.
Cette conversation, comme nous l’avons dit, avait lieu sur le perron du château de madame de Barthèle. C’était une élégante villa située à l’extrémité du village de Fontenay-aux-Roses, du côté du bois, et dans une position des plus pittoresques.
