
San-Antonio
Fleur de nave vinaigrette
AVANT-PROPOS
Sachant que la plupart de mes contemporains sont d’un tempérament bilieux, je prends soin, chaque fois que je publie un nouveau chef-d’œuvre, d’informer le lecteur que mes personnages sont imaginaires, fictifs et tout. Cette fois, la précaution me paraît superflue : qui donc, quel crâne plat, quel cerveau ramolli, irait supposer que les héros de ce livre sont réels ?
De même ses aspects historiques et géographiques n’échappent pas à la fantaisie de ma remarquable imagination. Toute ressemblance avec des personnes (fût-ce des empereurs) existantes ou ayant existé ne serait pas une coïncidence mais un miracle.
« Fleur de Nave vinaigrette » n’est qu’une immense tarte à la crème que je vous balance à la frite pour rigoler.
J’espère que vous trouverez la crème assez fraîche et que vous comprenez la plaisanterie.
Votre vieux :
CHAPITRE PREMIER
Comme chaque fois que le cousin Hector venait torturer at home (de Savoie), après le dessert, contrairement à ce que préconise une chanson de salle de garde, nous ne savions plus quoi foutre et nous nous regardions en cousins de faïence, lui et moi, pendant que Félicie, ma brave femme de mère, faisait la vaisselle. Ordinairement, j’essayais de m’esbigner en loucedé, mais m’man était si désemparée en me voyant mettre les adjas que j’avais de moins en moins le courage de l’abandonner entre les griffes d’Hector.
Ce dimanche-là, Hector s’était pointé avec un bouquet de chrysanthèmes. Probable que ce mois de novembre le poussait à la mélancolie. « Tu vas au cimetière ? » avais-je interrogé. Il s’était renfrogné comme un accordéon dans sa housse.
D’autant plus que ce matin-là il était plus amer qu’une bouteille de Fernet-Branca.
