
— ’jour, m’man !
Elle se tait, fait volte-face avec dans la main une grosse cuillère en bois qu’elle brandit comme un sceptre.
— Oh ! mon grand, te voilà !
On s’attrape à pleins bras et on se serre l’un contre l’autre.
— Je ne t’attendais pas si tôt, Antoine.
— En arrivant à Orly, je n’ai pas pu résister : je me suis fait amener ici dare-dare
— Comme tu es gentil, mon petit. Tu as fait bon voyage ?
— Oui, excellent.
— Ça t’a plu, Cuba ?
— Pas mal. Mais j’ai préféré le Mexique.
— Tu n’as pas été trop en danger au moins ?
La pauvre chérie s’imagine que plus je vais loin, plus je risque mes os.
— Penses-tu. C’était un simple voyage d’information. Le Vieux mijote un truc là-bas… Il voulait que j’aille me rendre compte sur place. Alors j’en ai profité pour pousser une pointe jusqu’au Yucatan. Tiens, je t’ai rapporté un poncho de Mérida.
— Un quoi ? murmure M’man.
J’ouvre une valise et j’y prends un magnifique poncho fabriqué main.
— C’est une couverture ?
— A peu près. Tu pourras te la mettre sur les jambes si tu veux, le soir, quand tu tricotes en m’attendant.
— Elle est merveilleuse. Je vais m’en servir comme dessus de lit.
— J’ai rapporté aussi un souvenir à Pinuche et un autre à Bérurier.
— Tu penses à tout le monde.
— Pour Béru, un sombrero avec des pompons et des grelots, regarde !
Je sors un immense bitos noir et rouge, un peu meurtri par le voyage.
— C’est très joli, admet Félicie.
Elle contient mal son envie de rire.
— Tu imagines la tronche du Gros, là-dessous, hein, m’man ?
