— A l’instant. Alors, Vénérable extinction de race, on me cherche ?

— M’en parle pas, San-A. !

Il hoche sa tête de tamanoir navré.

— Assieds-toi, Pinuche, on va t’offrir un cordial.

Il déboutonne son imper style soutane.

— Il sera le bienvenu, affirme le Superflu. Depuis quarante-huit heures, je suis dans un état !

— Ton troquet a fait faillite ?

— Non. D’ailleurs je m’en occupe plus.

— Alors ?

— Ton cousin Hector, Antoine…

M’man pousse un cri et lâche sa bouteille de Chartreuse verte que je rattrape au vol.

— Il lui est arrivé quelque chose ? balbutie ma brave femme de mère.

— Il a disparu.

Malgré ma vaste intelligence, mon abondance de phosphore et le surdéveloppement de ma matière grise, je mets deux secondes six dixièmes à réaliser.

— Comment ça, disparu ?

Il lève ses bras de plainte.

— Disparu, quoi !

Félicie emplit trois verres à liqueur de Chartreuse. J’en tends un au Facultatif. Il le boit cul sec (il a un imperméable, je le répète) et fait claquer sa langue d’hépatique.

— Attends, Pinaud, j’aimerais que tu me mettes un peu au parfum. Comment peux-tu savoir que mon cousin Hector a disparu ?

— Tu sais bien que nous sommes associés ! s’étonne l’amoindri.

— Associés ?

— Saperlipopette, dit-il en vieux français, nous t’avions bien annoncé que nous allions fonder une agence de police privée…

Alors là, mes chéries, votre San-A. en a les cannes qui font bravo. Je suis obligé de m’asseoir pour supporter la suite du trajet.

— Hector et toi, associés !

— Mais oui. On a fondé le mois dernier la Pinaudère Agency.

— La quoi !

— La Pinaudère Agency, répète l’Achevé. Nos deux noms mélangés. Pinaud, mon nom. Et Dère, çui de ton cousin. On a choisi Agency pour que ça fasse amerlock ; de nos jours y a que ça qui plaît.



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