
Je réalisai que les seconds étaient à l’origine de la première, comme l’eût dit la marquise de Sévigné qui devait patronner tant de crottes (en chocolat).
Nous nous étreignîmes. Hector serra la main de Pinaud, Pinaud celle d’Hector, après quoi il réitéra sa question du début mais d’une voix moins professionnelle :
— Qu’est-ce que je vous offre ?
— Un marc de Bourgogne, décidai-je.
— J’en fais pas !
— Alors un calvados.
— J’en ai plus.
— Un Cointreau.
— M’en reste plus…
J’énumérai successivement huit cent soixante-treize noms de boissons alcoolisées, en pure perte : Pinaud n’en avait pas. Je m’arrêtai, à court d’imagination.
— Le plus simple serait de nous dire ce dont tu disposes, Vieillard !
Il tira sur sa moustache, haussa ses épaules démantelées et murmura :
— J’ai du vin rouge, du vin blanc, mais je vous le conseille pas parce qu’il est aigre, et un peu d’Elixir de Santé du Révérend Père Colateur, mais je vous le déconseille aussi, car c’est plutôt dégueulasse.
— Si nous prenions deux petits rouges ? suggérai-je à Hector.
Bien que mon cousin appartînt à la Ligue, il trouva l’idée géniale et déplora qu’elle ne me soit pas venue plus tôt.
— Ça marche, les affaires ? demandai-je à Pinaud, tout en propulsant à l’autre extrémité de la pièce un matou téméraire rouquin comme un Irlandais peint par Van Gogh, qui prétendait se faire les griffes après mon tibia.
Pinuche alors se mit à pleurer.
— Non, fit-il, pas du tout. Y a pas un chat.
Je lui montrai la gent miauleuse et moustachue.
Il secoua la tête.
— Oh ! des comme ça, y en a vingt-deux. Mme Pinaud, mon épouse, recueille tous ceux du quartier. C’est son dada. Dans notre ancien logement, elle pouvait pas en avoir, parce que le gérant l’interdisait, alors elle se rattrape maintenant.
