
La grande fiesta, les gars. On jouait « Panique à bord ». Hector était à plat ventre dans les cacas de chat. Pinuche jouait à Guignol derrière son zinc.
— Monsieur l’Enflure à ses vapeurs ! m’écriai-je.
Le Mahousse se massa la rétine, se tâta le donjon, éternua, éructa, vagit, barrit et finit par bredouiller :
— Mince, c’est toi !
Nous nous remîmes de nos émotions autour d’une bouteille de Citerne Haut-Médiocre baptisée Beaujolais en l’église de Bercy. Le gars Béru était tout penaud.
— Justement, je rêvais que des malfaiteurs essayaient de violenter ma Berthe, expliqua-t-il. Alors, quoi : mon honneur a fait qu’un tour.
— L’honneur, c’est comme des coquilles Saint-Jacques, Gros : bien lavées, ça ressert.
Il en avait un grand coup dans les galoches, le noble chevalier. Sa trogne épiscopale éclairait l’établissement comme un néon.
— Mme Pinaud n’est pas là ? s’enquit fort civilement Hector.
— Elle est à vêpres, renseigna le Fossile.
Puis, revenant à ses confidences initiales :
— San-A., je t’annonce une chose : je vais fonder une agence.
— Immobilière ?
— Non : de police privée.
Je considérai le Détritus d’un œil incertain.
— Tu vas travailler dans le bidet, Pinuche, après une carrière si riche en enquêtes passionnantes ?
— Faut vivre !
— Vivre des cocus, c’est triste ! Excuse-moi, mais j’aime pas le pain de fesses.
Lors, le digne homme s’indigna :
— Y a pas que les cornards, San-A., qui s’adressent à une agence privée. Y a aussi les assureurs, les notaires…
— Ne biaise pas, vieillard, ça n’est plus de ton âge. Tu sais parfaitement que quatre-vingt-dix-neuf pour cent des clients sont des bonshommes qui ont des doutes ou des bonnes femmes qui veulent des preuves.
