
Pinuche rajusta sa vaillante casquette de camionneur, ralluma sa moustache en croyant attiser son mégot. La flamme fumeuse du briquet noircit son nez tortueux.
— Eh bien ! je travaillerai dans l’adultère s’il le faut, fit-il, je suis philosophe ! A mon âge on peut pas jouer encore les Mac Karty, je veux dire, les Book-Maker… Non ! les Nick Carter !
C’est pour lors que le très vulnérable cousin Hector, le tireur de langue d’élite du ministère des travaux en cours de brouillon de projets laissa tomber, comme fiente un pigeon sur la statue d’un général :
— Si vous avez besoin d’un collaborateur, cher monsieur Pinaud, je suis votre homme. Je compte en effet, Antoine le sait, prendre ma retraite anticipée, et comme mes revenus ne me permettront pas de vivre sans rien faire…
Ce disant, il déposa sa carte sur la table de marbre.
— Voici mon adresse…
Pinaud répondit que c’était à voir et votre ravissant San-Antonio éclata d’un rire qui fêla la glace du comptoir.
— Qu’est-ce qu’il y a de risible dans ma proposition ? rouscailla Hector, hautain.
— Je te vois hantant les maisons de rendez-vous, cousin ; chopant des orgelets à force de mater par les trous de serrure ; attrapant des rhumes et des bronchites en attendant que des dames polissonnes aient achevé leurs petites parties de jambes-en-l’air sur terrain mou.
— Je préfère risquer ma santé et être tranquille plutôt que de subir les brimades et les humiliations de mes collègues et de mes chefs. La liberté est un bien dont je conçois le prix un peu tardivement et…
Il se tut. Bérurier venait de s’écrouler sur la table avec un ronflement de pic pneumatique.
Ceci se passait il y a cinq mois.
CHAPITRE II
Le taxi me débarque devant mon pavillon. Je cigle le général russe et je m’immobilise entre mes deux valtouzes, attendri jusqu’aux larmes par cette maison paisible, drapée de lierre, à l’intérieur de laquelle ma Félicie attend son grand garçon.
