Pour Gaal, ce voyage marquait l’apogée de sa jeune vie d’étudiant. Il n’en était pas à sa première expédition dans l’espace : la traversée ne faisait donc guère impression sur lui. Bien sûr, il n’était encore jamais allé plus loin que l’unique satellite de Synnax, où il avait dû se rendre pour recueillir les renseignements sur la mécanique des météores dont il avait besoin pour sa dissertation ; mais, dans l’espace, qu’on parcourût un million de kilomètres ou d’années-lumière, c’était tout comme.

Il ne s’était un peu raidi qu’au moment du saut dans l’hyperespace, un phénomène qu’on n’avait pas l’occasion d’expérimenter au cours des simples déplacements interplanétaires. Le saut demeurait, et demeurerait sans doute toujours, le seul moyen pratique de voyager d’une étoile à l’autre. On ne pouvait se déplacer dans l’espace ordinaire à une vitesse supérieure à celle de la lumière (c’était un de ces principes aussi vieux que l’humanité) ; il aurait donc fallu des années pour passer d’un système habité au système le plus voisin. En empruntant l’hyperespace, ce domaine inimaginable qui n’était ni espace ni temps, ni matière ni énergie, ni réalité ni néant, il était possible de traverser la Galaxie en un instant dans toute sa longueur.

Gaal avait attendu le premier de ces sauts, l’estomac un peu noué ; il n’éprouva, en fin de compte, qu’une infime secousse, un très léger choc qui avait déjà cessé avant même qu’il pût être sûr de l’avoir ressenti. C’était tout.

Et, après cela, il ne reste que l’appareil où Gaal avait pris place, une grande machine étincelante, fruit de douze mille ans de progrès ; et Gaal était là, assis sur son siège, avec dans sa poche un doctorat de mathématiques tout frais et une invitation du grand Hari Seldon à se rendre sur Trantor pour participer aux mystérieux travaux du projet Seldon.

Déçu par le saut, Gaal espérait se consoler en apercevant Trantor.



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