Cela l’avait rendue, pour un temps, aussi sage que Seldon lui-même aux yeux de la Fondation. Elle savait pertinemment toutefois que d’une heure à l’autre on pourrait l’oublier. Et voilà que ce jeune homme se permettait de la défier précisément ce jour-là !

Et il se permettait d’avoir raison !

C’était bien là le danger de la chose. Il avait raison ! Et, ayant raison, il était capable de détruire la Fondation ! Et voilà qu’ils se retrouvaient face à face, seuls.

Elle lui dit tristement : « Vous n’auriez pas pu chercher à me voir en privé ? Aviez-vous besoin de le clamer en pleine Chambre, dans votre désir stupide de me ridiculiser ? Est-ce que vous vous rendez compte de votre idiotie, mon pauvre garçon ? »

6.

Trevize se sentit rougir et lutta pour maîtriser sa colère. Branno était une femme qui allait sur ses soixante-trois ans. Il hésitait à se lancer dans une joute oratoire avec quelqu’un de presque deux fois son âge.

En outre, elle avait une grande pratique de la bataille politique et savait que si elle pouvait placer son adversaire en position de déséquilibre, elle aurait partie à demi gagnée. Mais une telle tactique n’était efficace que devant un public. Or, aucun spectateur n’était là pour assister à son humiliation : ils étaient seuls tous les deux.

Si bien que Trevize préféra ignorer ses paroles et fit de son mieux pour l’observer avec détachement : une vieille femme vêtue de ces habits unisexes qui étaient à la mode depuis deux générations – et qui ne lui allaient pas. Le Maire, le dirigeant de la Galaxie – si tant est que la Galaxie pût avoir un dirigeant – n’était qu’une vieille femme ordinaire qu’on aurait facilement pu confondre avec un homme – n’eût été sa coiffure, les cheveux gris acier tirés en arrière, et non pas flottants dans le style typiquement masculin.



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