
Cela avait été une bonne paix – Branno ne le déniait pas –, une paix profitable. La Fondation n’avait pas instauré un second Empire Galactique – on n’en était qu’à mi-parcours, selon le Plan Seldon – mais, sous la forme d’une Fédération, elle tenait sous son emprise économique plus d’un tiers des entités politiques éparses de la Galaxie, et influençait ce qu’elle ne contrôlait pas. Rares étaient les endroits où mentionner : « Je suis de la Fondation » ne suscitait pas le respect. Parmi les millions de mondes habités, nulle fonction n’était tenue en plus haute estime que celle de Maire de Terminus.
Car le titre était resté. C’était celui du premier magistrat d’une malheureuse bourgade quasiment oubliée, perdue sur quelque planète aux confins extrêmes de la civilisation, quelque cinq siècles plus tôt, mais nul n’aurait songé à le changer, ne serait-ce qu’en le rendant un rien plus ronflant. Tel qu’il était, seul le titre presque oublié de Majesté Impériale pouvait encore inspirer un respect comparable.
Hormis sur Terminus même, où les pouvoirs du Maire étaient soigneusement limités. Le souvenir des Indbur demeurait vivace. Ce que les gens ne risquaient pas d’oublier, c’était moins leur tyrannie que le fait qu’ils avaient perdu face au Mulet.
Et venait son tour à présent, Harlan Branno, Maire le plus puissant depuis la disparition du Mulet (elle en était consciente) et la cinquième femme seulement à accéder à ce poste. Et ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle avait pu faire ouvertement usage de son pouvoir.
Elle s’était battue pour faire valoir son interprétation de ce qui était juste et de ce qui devait être – contre l’opposition farouche de tous ceux qui avaient hâte de retrouver le prestige des Secteurs centraux de la Galaxie et l’aura du pouvoir impérial – et elle avait gagné : Pas encore, leur avait-elle dit. Pas encore ! Si vous vous précipitez trop pour regagner les Secteurs centraux, vous vous retrouverez perdants, pour telle et telle raison. Et Seldon était apparu et l’avait appuyée en tenant un langage presque analogue au sien.
