
Elle répondit : « Pas possible ? D’après vous, le récit qu’a fait Arkady de la guerre kalganienne et de la destruction de la Seconde Fondation est un faux ? C’est une invention ? Une blague ? Un mensonge ? »
Trevize haussa les épaules. « Ce n’est pas nécessaire. Là n’est pas la question. Supposez que le compte rendu d’Arkady fût totalement exact – dans les limites des informations dont elle disposait. Supposez que tout ait eu lieu exactement comme elle l’a dit ; qu’on ait effectivement découvert le repaire de la Seconde Fondation et qu’on s’en soit débarrassé. Comment peut-on affirmer, toutefois, qu’on ait eu tous ses membres jusqu’au dernier ? La Seconde Fondation recouvrait toute la Galaxie. Elle ne manipulait pas uniquement l’histoire de Terminus ou même de la seule Fondation. Ses responsabilités englobaient plus que notre capitale ou que l’ensemble de la Fondation. Il y a certainement des membres de la Seconde Fondation qui se trouvaient à mille parsecs, ou plus, du lieu des événements. Est-il alors concevable qu’on ait pu tous les avoir ?
« Et si tel ne fut pas le cas, pouvons-nous vraiment dire que nous avons gagné ? Le Mulet aurait-il pu dire la même chose à l’époque ? Après tout, il avait conquis Terminus et avec Terminus, tous les mondes qui étaient sous son contrôle direct – mais restait encore l’Association des Marchands Indépendants. Et une fois les Marchands Indépendants assujettis, restaient encore trois fugitifs : Ebling Mis, Bayta Darell et son mari. Il s’assura le contrôle des deux hommes et laissa libre Bayta ; Bayta, seule. Il avait agi ainsi par amour, s’il faut en croire le roman d’Arkady. Et cela fut suffisant. Selon le récit d’Arkady, une seule personne – et c’était Bayta – était encore libre d’agir à sa guise et c’est précisément à cause de ses agissements que le Mulet fut incapable de localiser la Seconde Fondation et se retrouva finalement vaincu.
« Une seule personne épargnée et tout est perdu ! Voilà bien la preuve du rôle de l’individu, malgré toutes ces légendes autour du Plan Seldon pour accréditer l’idée que l’individu n’est rien et que la masse est tout.
