« Et supposez que nous n’ayons pas simplement laissé une seule Fondation derrière nous mais quelques douzaines, comme c’est parfaitement envisageable… alors ? Est-ce qu’elles ne se regrouperaient pas, ne se reconstruiraient pas, ne s’attelleraient pas de nouveau à leur tâche, ne se multiplieraient pas en recrutant et en formant de nouveaux effectifs, pour de nouveau faire de nous leurs pions ? »

Branno lui dit gravement : « Le croyez-vous ?

— J’en suis persuadé.

— Mais dites-moi, conseiller. Pourquoi s’embêteraient-ils avec tout cela ? Pourquoi quelques pitoyables survivants continueraient-ils à s’acharner désespérément sur une tâche dont tout le monde se désintéresse ? Qu’est-ce qui les pousse à maintenir coûte que coûte la Galaxie sur la voie conduisant au second Empire ? Et à supposer que cette petite bande tienne absolument à remplir sa mission, pourquoi faudrait-il nous en soucier ? Pourquoi ne pas accepter plutôt la ligne du Plan et leur être au contraire reconnaissants de veiller à ce que nous n’en dérivions pas ? »

Trevize se frotta les yeux. Malgré sa jeunesse, c’était lui qui paraissait le plus las des deux. Il dévisagea la femme : « Je ne peux pas vous croire. Vous imaginez vraiment que la Seconde Fondation agit pour notre bien ? Que ce sont des espèces d’idéalistes ? Ne vous paraît-il pas évident – avec votre connaissance de la politique, des buts concrets du pouvoir et de la manipulation – qu’ils n’agissent que pour eux-mêmes ?

« Nous sommes le fil de la lame. Nous sommes le moteur, la force. Nous travaillons avec notre sueur, notre sang et nos larmes. Eux, par contre, ils se contentent de diriger – ici on règle un ampli, là on ferme un contact –, et de le faire avec aisance et sans prendre aucun risque. Et puis, une fois que tout sera terminé et qu’au terme de mille ans de peine et de labeur, nous aurons enfin restauré un second Empire Galactique, les gens de la Seconde Fondation pourront se pointer pour jouer les élites dirigeantes. »



36 из 487