
— C’est votre premier corollaire et j’aurais tendance à l’admettre – mais je prends peut-être mes désirs pour des réalités. Et le second… ?
— Il est encore plus simple et plus inévitable : si la Seconde Fondation existe et désire garder secrète son existence, alors une chose est sûre. Quiconque persiste à croire à son existence, en parle et l’annonce et le proclame dans toute la Galaxie, doit d’une manière ou de l’autre être illico retiré discrètement de la scène et disparaître définitivement… Ne serait-ce pas également votre conclusion ?
— Est-ce donc là la raison pour laquelle vous m’avez fait garder à vue, madame le Maire ? Pour me protéger des entreprises de la Seconde Fondation ?
— En un sens. Jusqu’à un certain point. L’enregistrement scrupuleux qu’a fait Liono Kodell de vos assertions sera diffusé non seulement pour éviter aux citoyens de Terminus et de la Fédération d’être inutilement troublés par vos divagations mais surtout pour empêcher la Seconde Fondation d’être troublée. Si elle existe, je n’ai pas envie de vous voir attirer son attention.
— Pas possible, dit Trevize avec une pesante ironie. Tout ça pour mon bien ? Pour mes beaux yeux noisette, sans doute ? »
Branno tressaillit puis – sans avertissement – se mit à rire doucement. Elle répondit : « Je ne suis pas si vieille, conseiller, que je n’aie pas remarqué vos beaux yeux noisette, et je ne dis pas qu’il y a trente ans j’y serais restée insensible. Toutefois, pour l’heure, je ne lèverais pas le petit doigt pour les sauver – pas plus d’ailleurs que le reste de votre personne – si vos yeux seuls étaient en jeu. Mais si la Seconde Fondation existe bel et bien, et si vous attirez son attention, il se pourrait alors que ses membres ne s’arrêtent pas là. Je dois aussi penser à mon existence, et à celle de quantité de gens considérablement plus intelligents et plus estimables que vous – et penser à tous les plans que nous avons élaborés.
