
— Pourquoi me racontes-tu donc tout ça, Golan ?
— Parce que je te répète que c’est une comédie. L’ensemble est une comédie – ou si c’était vrai au début, c’est devenu une comédie depuis. Nous ne sommes pas nos propres maîtres. Ce n’est pas nous qui suivons le Plan ! »
Compor considéra son compagnon d’un regard inquisiteur. « Tu as déjà dit des choses comme ça, Golan, mais j’ai toujours cru que tu racontais des balivernes pour m’asticoter. Mais par la Galaxie, j’ai bien l’impression que tu es sérieux !
— Bien sûr que je suis sérieux !
— Tu ne peux pas. Ou tu essaies de me jouer une blague particulièrement tarabiscotée, ou tu es devenu complètement fou.
— Ni l’un ni l’autre », dit Trevize, de nouveau calme, les pouces passés dans sa ceinture, comme s’il n’avait plus besoin des mains pour ponctuer sa passion. « J’ai déjà fantasmé là-dessus, je l’admets, mais ce n’était que pure intuition. Mais la farce de ce matin m’a rendu brusquement la chose évidente et j’ai bien l’intention, à mon tour, de la rendre évidente pour le Conseil.
— Alors là, tu es effectivement fou.
— Très bien. Viens avec moi et écoute. »
Ils descendirent ensemble les marches. Il n’y avait plus qu’eux – ils furent les derniers à quitter les degrés. Et tandis que Trevize s’avançait d’un pas léger sur le parvis, Compor, bougeant silencieusement les lèvres, lança derrière son dos ce reproche muet : « Idiot ! »
2.
Madame le Maire Harlan Branno ouvrit la séance du Conseil exécutif. C’est sans signe visible d’intérêt que son regard avait parcouru la réunion ; pourtant nul ne doutait qu’elle avait remarqué tous ceux qui étaient présents comme tous ceux qui n’étaient pas encore arrivés.
