C’était un chef-d’œuvre de narration pour nos esprits et pour nos oreilles du terroir. Mais raconte-la-moi comme si tu avais à ta droite un Parisien parlant la langue moderne, et à ta gauche un paysan devant lequel tu ne voudrais pas dire une phrase, un mot où il ne pourrait pas pénétrer. Ainsi tu dois parler clairement pour le Parisien, naïvement pour le paysan. L’un te reprochera de manquer de couleur, l’autre d’élégance. Mais je serai là aussi; moi qui cherche par quel rapport l’art, sans cesser d’être l’art pour tous, peut entrer dans le mystère de la simplicité primitive et communiquer à l’esprit le charme répandu dans la nature.


– C’est donc une étude que nous allons faire à nous deux?


– Oui, car je t’arrêterai où tu broncheras.


– Allons, asseyons-nous sur ce tertre jonché de serpolet. Je commence; mais auparavant permets que, pour m’éclaircir la voix, je fasse quelques gammes.


– Qu’est-ce à dire? je ne te savais pas chanteur.


– C’est une métaphore. Avant de commencer un travail d’art, je crois qu’il faut se remettre en mémoire un thème quelconque qui puisse vous servir de type et faire entrer votre esprit dans la disposition voulue. Ainsi, pour me préparer à ce que tu demandes, j’ai besoin de réciter l’histoire du chien de Brisquet, qui est courte, et que je sais par cœur.


– Qu’est-ce que cela? Je ne m’en souviens pas.


– C’est un trait pour ma voix, écrit par Charles Nodier qui essayait la sienne sur tous les modes possibles; un grand artiste, à mon sens, qui n’a pas eu toute la gloire qu’il méritait parce que, dans le nombre varié de ses tentatives, il en a fait plus de mauvaises que de bonnes: mais quand un homme a fait deux ou trois chefs-d’œuvre, si courts qu’ils soient, on doit le couronner et lui pardonner ses erreurs. Voici le chien de Brisquet. Écoute.


Et je récitai à mon ami l’histoire de la Bichonne qui l’émut jusqu’aux larmes et qu’il déclara être un chef-d’œuvre du genre.



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