Tu as fait, depuis, une meilleure étude du vrai dans la Mare au Diable. Mais je ne suis pas encore content; l’auteur y montre encore de temps en temps le bout de l’oreille; il s’y trouve des mots d’auteur, comme dit Henri Monnier, artiste qui a réussi à être vrai dans la charge et qui, par conséquent, a résolu le problème qu’il s’était posé. Je sais que ton problème à toi n’est pas plus facile à résoudre. Mais il faut encore essayer, sauf à ne pas réussir; les chefs-d’œuvre ne sont jamais que des tentatives heureuses. Console-toi de ne pas faire de chefs-d’œuvre, pourvu que tu fasses des tentatives consciencieuses.


– J’en suis consolé d’avance, répondis-je, et je recommencerai quand tu voudras; conseille-moi.


– Par exemple, dit-il, nous avons assisté hier à une veillée rustique à la ferme. Le chanvreur a conté des histoires jusqu’à deux heures du matin. La servante du curé l’aidait ou le reprenait; c’était une paysanne un peu cultivée; lui, un paysan inculte, mais heureusement doué et fort éloquent à sa manière. À eux deux, ils nous ont raconté une histoire vraie, assez longue, et qui avait l’air d’un roman intime. L’as-tu retenue?


– Parfaitement, et je pourrais la redire mot à mot dans leur langage.


– Mais leur langage exige une traduction; il faut écrire en français, et ne pas se permettre un mot qui ne le soit pas, à moins qu’il ne soit si intelligible qu’une note devienne inutile pour le lecteur.


– Je le vois, tu m’imposes un travail à perdre l’esprit, et dans lequel je ne me suis jamais plongé que pour en sortir mécontent de moi-même et pénétré de mon impuissance.


– N’importe! tu t’y plongeras encore, car je vous connais, vous autres artistes; vous ne vous passionnez que devant les obstacles et vous faites mal ce que vous faites sans souffrir. Tiens, commence, raconte-moi l’histoire du Champi, non pas telle que je l’ai entendue avec toi.



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