
Mais parfois une pierre de rien du tout pouvait faire dérailler un convoi… Soudain l’ingénieur aperçut sur un monorail deux wagons filant l’un vers l’autre à une vitesse folle. Probablement à la suite d’une erreur d’aiguillage.
La collision semblait inévitable.
« Il faut les arrêter ! » raisonna l’ingénieur avec une lucidité de l’esprit extraordinaire. Et… Oh ! Miracle ! Les énormes cubes freinèrent brusquement et stoppèrent. Aussitôt, comme sur ordre, plusieurs robots s’approchèrent et transférèrent l’un des wagons sur une voie latérale. Lors de la manœuvre un petit morceau de matière verdâtre et lumineuse tomba. Zabara s’approcha et le ramassa. Sa supposition se confirma. C’était bien du thermolikvit, l’explosif le plus redoutable connu des Terriens.
Depuis qu’il avait prévenu la catastrophe, les pérégrinations de l’ingénieur dans le dédale de galeries avaient pris un caractère ordonné. Au moyen d’ordres mentaux il avait éliminé diverses pannes, observé le fonctionnement rythmique des mécanismes, comme il l’avait fait sur le satellite S-15.
Non, jamais encore l’ingénieur Evguéni Zabara n’avait eu l’occasion de faire un rêve aussi abondant en péripéties, aussi sensé et aussi long.
Combien de temps durera-t-il ? Aujourd’hui, avant de partir pour le midi, Zabara avait juste eu le temps de manger un morceau. La faim le tirailla brusquement. Il se souvint avec regret des « rations du cosmonaute » qui devaient se trouver dans la poche de sa combinaison. Ne sentant pas ses mains, il était dans l’impossibilité de les atteindre. Zabara sentit aussitôt le goût aromatique de la chlorelle. Sa fringale se calma rapidement, à laquelle succéda un agréable sentiment de satiété.
Non, jamais encore Zabara n’avait fait un songe pareil !…
— Ivan Nikolaïévitch, dit le programmeur d’une voix implorante. Sans aucun espoir il regarda la nuque dégagée du constructeur principal du projet « Ura nus ».
