Evguéni se dit que ce serait une bonne chose s’il sortait de la cabine de l’ascenseur pour aller voir de plus près les mécanismes. Et, surprise, comme répondant à son vœu intérieur, les parois de la cabine s’écartèrent.

Maintenant l’ingénieur ne sentait plus du tout son corps. Il se déplaçait comme dans un songe, bien que tout ce qui se passait lui semblât effroyablement réel. C’était un rêve fait les yeux ouverts, un état extraordinaire, incomparable.

Les files d’automates s’éloignaient dans la profondeur des galeries souterraines. Zabara entreprit de les suivre.

Les mâchoires d’acier de combinés saisissent le minerai et le broient avec avidité.

Les pinces des robots dirigent les faisceaux de feu qui découpent la roche en parallélépipèdes égaux.

Des conteneurs passent à toute vitesse. Les bandes bleuâtres de transporteurs accomplissent leur mouvement perpétuel. Elles sont desservies par des robots. Ceux-là n’accordent pas la moindre attention à Evguéni. Pourtant chacun d’eux est doté d’une bonne douzaine d’yeux électriques. Comment donc ne remarquent-ils pas l’intrus ?

De temps à autre on entend au loin de sourdes déflagrations. « Des explosions dirigées, du thermolikvit », devina l’ingénieur.

Une plate-forme automatisée montée sur chenilles en plastique déboucha d’un tournant et avança droit sur lui, si vite qu’Evguéni n’eut pas le temps de se mettre à l’écart. L’instant suivant Zabara était définitivement convaincu de vivre un rêve : la plateforme était passée sur lui sans l’égratigner.

Zabara commençait déjà à éprouver du plaisir à planer dans ces galeries bleues sans fin. Il se familiarisait avec le travail des robots, observait les mécanismes en action, de plus en plus admiratif devant l’ingéniosité et la profondeur du dessein d’ensemble. La mine fonctionnait comme un mécanisme d’horlogerie bien réglé.



9 из 17