
— Dès le début, notre civilisation a suivi le mauvais chemin, déclara-t-il un jour. Elle penche trop vers la technologie. A peine descendus des arbres et ayant commencé à fabriquer des outils, nos ancêtres ont cavé, taillé, foré, puis fondu, raboté, poli à outrance.
— Au lieu de… ? demanda Piotr Braga, son ami.
— Au lieu de cultiver, de rechercher des espèces hybrides, de planter. Bref, il fallait orienter la nature plutôt que de la mutiler, expliqua Borza.
L’année d’après le départ de l’Orion, le Conseil suprême de coordination décida de réserver un vaste territoire à une sorte de cité pour les équipages des vaisseaux cosmiques qui revenaient sur Terre. Prise en vue d’un avenir lointain, la décision était dictée par la vie. Plus on perfectionnait les vaisseaux qui transperçaient l’espace, plus leur vitesse approchait celle de la lumière, plus leur propre temps ralentissait, « se congelait » par rapport à celui de la Terre. Au début, cet effet fut si négligeable que seuls les chronomètres l’enregistraient. Puis, la différence se mesura en journées, en mois, en années, et on put alors la constater de visu. C’est à cette époque qu’arriva une histoire qui devait confirmer l’hypothèse d’Einstein et entrer dans les manuels scolaires.
