
…Il était une fois deux frères jumeaux, si ressemblants que même leur mère les confondait. Les frères grandirent ensemble et dans l’amitié, mais après l’école leurs chemins se séparèrent. L’un rêvait du Cosmos et eut la chance d’entrer à l’Académie de l’Espace qui venait d’être instituée. L’autre devint ingénieur, spécialiste de la transformation de la nature. Vint le jour des adieux… L’un allait partir dans l’espace, l’autre était allé le saluer à bord du vaisseau. Est-il besoin de préciser qu’au dernier moment le commandant faillit les confondre ? Faut-il évoquer les difficultés du vol ? Le moment venu, le vaisseau rentra sur Terre. Et tout le monde s’étonna en voyant s’embrasser deux jumeaux : un garçon de vingt ans et un homme allant sur sa quarantaine.
Naturellement, le décalage dans le temps avait touché sans exception tous les membres de l’équipage qui sortirent du vaisseau sur le cosmodrome situé en pleine steppe : chacun avait « rajeuni » de vingt ans exactement par rapport aux parents et amis venus à leur rencontre. Seulement, c’était sur les jumeaux que c’était le plus visible. Aussi, l’histoire entra-t-elle dans les manuels…
Pour les futurs équipages ce décalage ne devait qu’augmenter inexorablement.
En prenant sa décision, le Conseil de coordination comptait aussi avec le fait que le rythme de vie sur Terre allait s’accélérer d’année en année et que, respectivement, devaient changer non seulement les matériels, mais encore les goûts et les coutumes des gens.
Lorsque le décalage dans le temps serait supérieur à un siècle, les astronautes, à leur retour, auraient manifestement du mal à comprendre les Terriens. C’est donc à leur intention qu’une cité fut fondée au cœur du continent australien, non loin du nouveau Musée d’astronautique. Les hommes attardés dans le passé pourraient s’y acclimater, prendre connaissance, ne serait-ce que brièvement, de tout ce que les Terriens avaient appris entretemps, s’adapter à leur rythme de vie. C’est après seulement que les arrivants regagneraient la famille humaine.
