On chercha longtemps comment baptiser la cité. Le nom fut proposé par le commandant de l’un des premiers équipages qu’elle accueillit : Hôtel Sigma. Pourquoi Hôtel ? Parce que les voyageurs n’y séjourneront qu’un certain temps, s’occupant des affaires courantes. Quant au signe « sigma », en mathématiques il désigne, c’est connu, une somme. De la sorte, Hôtel Sigma symbolisera la somme, l’union de tous les hommes.

Les trois années de service de quarantaine passèrent inaperçues pour Borza. Accueillant les vaisseaux qui revenaient du Cosmos, il plongeait dans des temps révolus, ce qui était pour lui invariablement intéressant et nouveau. Borza occupait ses moments perdus en travaillant au laboratoire, c’est-à-dire dans la minuscule pièce deson appartement de célibataire. Borza n’avait pour seule compagnie que Bouzivse, un chimpanzé bourru, qui serait bientôt porté dans les annales de la planète. Les parents de Borza étaient partis pour un voyage spatial, et il préférait ne pas penser au siècle où ils seraient de retour. Adorant les anciens ustensiles de laboratoire, il pouvait manipuler toute la nuit les cornues à deux cols, les bio-stats et les éprouvettes, brasser, évaporer, porter à ébullition, mélanger des réactifs, cultiver des cellules pour structures logiques. Au demeurant, tous les engouements de Borza étaient subordonnés à sa grande passion. Dans une maison de campagne laissée à l’abandon, il assemblait la machine de synthèse de ses rêves, l’affaire de toute sa vie. Il est vrai que la machine était désapprouvée par les amis de Borza, des physiciens. « L’idée est curieuse, mais comment la réaliseras-tu ? » lui disaient-ils. Borza n’en démordait pas, il avait un caractère dur comme le silex. A mesure qu’il multipliait les échecs, il se consolait en songeant que de tout temps il y a eu des inventeurs méconnus.



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