
– Vous méprisez la gentillesse?
– Vous ne comprenez rien à ce que je raconte. J'admire la gentillesse qui a pour origine la gentillesse ou l'amour. Mais connaissez-vous beaucoup de gens qui la pratiquent, cette gentillesse-là? Dans l'immense majorité des cas, quand les humains sont gentils, c'est pour qu'on leur fiche la paix.
– Admettons. Ceci ne me dit toujours pas pourquoi le vendeur de cire faisait des moulages de crucifiés.
– Pourquoi pas? Il n'y a pas de sot métier. Vous êtes bien journaliste, vous. Est-ce que je vous demande pourquoi?
– Vous le pouvez. Je suis journaliste parce qu'il y a une demande, parce que des gens s'intéressent à mes articles, parce qu'on me les achète, parce que cela me permet de communiquer une information.
– A votre place, je ne m'en vanterais pas.
– Enfin, monsieur Tach, il faut bien vivre!
– Vous trouvez?
– C'est ce que vous faites, non?
– Ça reste à prouver.
– C'est ce que fait votre vendeur de cire, en tout cas.
– Vous y tenez, à ce brave vendeur de cire. Pourquoi fait-il des moulages de crucifiés? Pour des raisons que je suppose inverses aux vôtres: parce qu'il n'y a pas de demande, parce que ça n'intéresse pas les gens, parce qu'on ne les lui achète pas, parce que ça lui permet de ne communiquer aucune information.
– Une expression de l'absurde, alors?
– Pas plus absurde que ce que vous faites, si vous voulez mon avis – mais le voulez-vous?
– Bien sûr, je suis journaliste.
– Précisément.
– Pourquoi cette agressivité envers les journalistes?
– Pas envers les journalistes, envers vous.
– Qu'ai-je fait pour mériter cela?
– C'est le comble. Vous n'avez pas cessé de m'injurier, de me traiter de métaphorien, de me taxer de mauvais goût, de dire que je n'étais pas «si» laid, d'importuner le vendeur de cire et, pire que tout, de prétendre me comprendre.
