– Mais… qu'aurais-je dû dire d'autre?

– Ça, c'est votre métier, pas le mien. Quand on est bête comme vous, on ne vient pas harceler Prétextat Tach.

– Vous m'y aviez autorisé.

– Certainement pas. C'est encore cette andouille de Gravelin, qui n'a aucun sens du discernement.

– Au début, vous disiez que c'était un excellent homme.

– Ça n'exclut pas la bêtise.

– Allons, monsieur Tach, ne vous faites pas plus désagréable que vous ne l'êtes.

– Grossier personnage! Sortez immédiatement!

– Mais… l'interview commence à peine.

– Elle n'a que trop duré, malappris! Disparaissez! dites à vos confrères qu'on doit le respect à Prétextat Tach!

Le journaliste déguerpit, la queue entre les jambes.


Ses collègues prenaient un verre au café d'en face et ne s'attendaient pas à le voir sortir si tôt; ils lui firent signe. Le malheureux, verdâtre, vint s'écrouler parmi eux.

Après avoir commandé un triple porto flip, il trouva la force de leur raconter sa mésaventure. A cause de la peur il exhalait une odeur épouvantable, qui avait dû être celle de Jonas émergeant de son séjour cétacé. Ses interlocuteurs en étaient incommodés. Eut-il conscience de ce remugle? Lui-même évoqua Jonas:

– Le ventre de la baleine! Je vous assure, tout y était! L'obscurité, la laideur, la peur, la claustrophobie…

– La puanteur? risqua un confrère.

– C'est la seule chose qui manquait. Mais lui! Lui! Un vrai viscère, ce type! Lisse comme un foie, gonflé comme son estomac doit l'être! Perfide comme une rate, amer comme une vésicule biliaire! Par son simple regard, je sentais qu'il me digérait, qu'il me dissolvait dans les sucs de son métabolisme totalitaire!

– Allons, tu en rajoutes!

– Au contraire, je ne trouverai jamais d'expression assez forte.



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